En guise de préambule
Une quarantaine d’années après le lancement du Front de Seine et du village des Olympiades, le débat sur la construction de tours à Paris refait surface avec, à la clé, un premier projet de construction de 180 mètres de haut, à l’entrée du parc des expositions de la porte de Versailles : la « tour Triangle ». Face à la contestation des verts, du MODEM et du Front national, le groupe UMP soutient ce projet de la majorité municipale PS. Aujourd’hui, où en est la concertation ? Difficile à dire mais il est temps de comprendre pourquoi les tours font débat.
La controverse autour du projet de la “tour Triangle” prouve qu’il n’y a pas un débat sur les tours mais en fait plusieurs débats que l’on mélange volontairement ou non.
Premier débat, première question : qu’est ce qu’une belle tour ? Pour les promoteurs et les architectes, la réponse relève de l’évidence : c’est la hauteur qui caractérise la tour et lui confère sa beauté. Pour ceux qui en douteraient, le discours sur l’esthétique du gratte-ciel n’hésite pas à recourir aux métaphores et à prendre des accents lyriques. Ainsi, Louis Sullivan, célèbre architecte du début du XXe siècle, pour qui le gratte-ciel “doit s’élancer fièrement et triomphalement vers le ciel, de sorte que de sa base à son sommet il soit une unité sans aucune ligne discordante” (1). Bien sûr, la force de cet “élan ascentionnel” varie en fonction de la silhouette de l’édifice (plus ou moins effilée) mais son rôle est toujours le même : par sa verticalité, la tour “dynamise la skyline” d’un quartier d’affaires, “donne de la lisibilité” et de la “cohérence” à un quartier d’habitation. Et crée, dans tous les cas, un nouveau “repère”.
Comme pour toute construction, et peut-être même plus que pour un immeuble classique, l’esthétique d’une tour ne résulte pas seulement de sa forme propre mais aussi de son insertion urbaine. On peut, en effet, ne pas aimer du tout les tours. On peut les apprécier à la Défense mais pas à Paris intra-muros. On peut préférer les voir de loin que de près, et d’en haut plutôt que d’en bas. En fait, il existe des façons plus ou moins esthétiques de présenter une tour et les promoteurs l’ont bien compris. Ce n’est pas un hasard si les projets sont présenté de loin et vus du ciel, ce qui ne correspond pourtant pas à la perception la plus courante qui est celle du piéton. Il arrive même qu’une tour soit figurée de nuit ou selon une luminosité qui n’a pas grand chose à voir avec la réalité. Dans tous les cas, son impact sur l’environnement urbain est limité et relativisé. Or, la masse d’une construction frisant ou dépassant la centaine de mètres peut aussi bien boucher que valoriser une perspective et aussi bien occulter que refléter la lumière. De ce point de vue, la présentation de la tour Triangle (qui met habilement la tour Eiffel en arrière plan) est un exemple de communication urbanistique que l’on jugera, selon les cas, ou particulièrement bien réfléchie, ou relativement malhonnête.
En guise de préambule
Face à la lecture, les Français se divisent en trois populations à peu près égales : 30% ne lisent jamais, 34% ne lisent pas plus de 5 livres par an et 35% plus de 5 livres. Depuis 1981, date de la première étude réalisée sur le sujet par la Sofres, ce n’est pas tant le nombre de gens qui ne lisent pas que le nombre de ceux qui lisent peu qui a progressé (+10%). Le début de cette tendance date de la première moitié des années 90. La démocratisation d’internet, plus tardive, n’y est donc pas pour grand chose. Une enquête du ministère de la Culture réalisée en 2009 souligne d’aillleurs que “ce nouveau média apparaît plutôt lié à la culture de sortie dont sont porteurs les fractions jeunes et diplômées de la population, celles dont le mode de loisir est le plus tourné vers l’extérieur du domicile et dont la participation à la vie culturelle est la plus forte.”
Le débat sur l’impact des nouveaux médias ne date pas d’aujourd’hui mais remonte à l’apparition du roman, se poursuit avec la naissance du cinéma et l’essor de la bande dessinée avant que la télévision ne concentre à son tour la plupart des inquiétudes. Chacun se souvient des griefs adressés au petit écran. Baisse de la lecture, diminution des capacités de concentration, recul dramatique de la culture générale mais aussi montée de la violence, pertes de repères, baisse de la communication au sein de la cellule familiale : ces effets supposés sur l’intellect des enfants et des adolescents sont aujourd’hui au cœur des inquiétudes suscitées par l’usage abusif d’internet et des jeux vidéo.
Après la publication en 2007 d’un livre anglais sur “Le culte de l’amateur. Comment internet détruit notre culture”, un livre américain en met une seconde couche. Son titre : “Is Google Making us Stoopid ?” La presse écrite (sans doute trop contente de relativiser le pouvoir du net) n’est pas en reste. Durant l’été 2008, une revue américaine, “The Atlantic” et le magazine allemand “Der Spiegel” ont faire leur une sur les relations compliquées entre internet et l’intelligence, suivis en 2009 par le magazine français “Books”.
Forts de cette imposante littérature, nous disposons maintenant d’un corpus quasi-exhaustif des travers prêtés aux nouvelles technologies. On y trouve pèle mêle : l’affaiblissement des facultés d’attention et d’analyse, la fragmentation de la pensée et le nivellement du savoir, le triomphe du copier collé sur l’argumentation, le développement d’une pensée plus réactive que proactive, un refus de la réalité qui frise parfois un caractère pathologique, le culte de l’urgence au détriment de la réflexion… Ce constat a souvent les apparences du bon sens. Il est d’ailleurs partagé par de nombreux experts même si certains s’attachent à ne pas paraître rétrogrades en défendant l’idée d’un nouvel affrontement entre culture populaire et culture élitiste. En somme rien de très neuf. Rien en tout cas qui n’ait déjà été dit par des intellectuels inquiets de la remise en cause d’un certain modèle culturel. Et bien entendu aucune étude scientifique sérieuse…
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