En guise de préambule
D’après le FMI, l’économie mondiale devrait avoir connu sa pire année depuis la seconde guerre mondiale, avec un produit intérieur brut en recul (-1,1%). Les prévisions sont, en revanche, beaucoup plus optimistes pour 2010 avec une croissance générale de 3,1%. Mais cette bonne nouvelle ne concerne pas les pays de la zone euro : beaucoup bénéficieront d’un regain de croissance insuffisant pour résorber le chômage quand d’autres pays, comme l’Allemagne et l’Italie, friseront une croissance proche de zéro. Bref, en Europe, le bout du tunnel n’est pas pour demain.
Que faut-il retenir de la crise actuelle ? Une quinzaine de livres signés par d’éminents spécialistes de l’économie mondiale font aujourd’hui le point. Voici ce qui en ressort.
1. Les plans de relance ne feront pas de miracle. Surtout en Europe.
Le plan américain apparaît plus sérieux que le plan européen, celui-ci étant de l’avis général victime de la faiblesse – pour ne pas dire de l’inexistence – politique de l’UE. Le numéro spécial d’Alternatives économiques est sans doute le plus direct dans son analyse : “les Etats européens se sont surtout mis d’accord pour mettre de côté les règles de surveillance mutuelle concernant les dettes, les déficits ou l’interdiction des aides d’Etat et chaque pays a élaboré sa stratégie dans son coin”. Pour Matthieu Pigasse et Gilles Finchelstein, la raison en est simple : “les instruments de la coordination sont limités : le budget de l’Union européenne est à peine supérieur à 1% du PIB européen”. Quant au plan français, sur les 26 milliards affichés, Alternatives précise que “11 milliards ne sont pas de la dépense supplémentaire mais simplement une dépense anticipée”. Pour Nicolas Crespelle, l’effet visé est surtout psychologique : rétablir la confiance des épargnants. Il serait illusoire d’en attendre plus. Question de timing. Alors que la crise appelle des solutions immédiates, la relance repose sur des projets qui, eux, ne débuteront que dans deux à quatre ans (une analyse partagée par Alternatives économiques). Pire : les plans pourraient même agraver la crise ! Ce serait selon Crespelle, mais aussi Matthieu Pigasse et Gilles Finchelstein, un scénario où l’argent public évince l’argent privé, un scénario qui ne peut être écarté “dans une période où les investisseurs cherchent la sécurité, prêter aux Etats est bien plus attrayant que de prêter à des entreprises”.
2. Pire que l’inflation : la déflation
Les avis sont partagés sur un possible retour de l’inflation. Pour certains experts, l’augmentation massive de la masse monétaire rend l’inflation inévitable. Jacques Attali prédit même un flambée “au moment où on s’y attendra le moins, par exemple au moment d’une hausse brutale des prix du pétrole”. Mais Nicolas Couderc et Olivia Montel-Dumont jugent ce scénario peu probable en période de récession. Selon eux, la baisse des matières premières est un phénomène durable qui dans le pire des cas plongera l’économie mondiale, non pas dans l’inflation, mais dans la déflation. Matthieu Pigasse et Gilles Finchelstein sont également de cet avis : “nous sommes aujourd’hui dans une situation prédéflationniste. Le prix des matières premières baisse. La demande intérieure s’affaiblit. L’inflation recule rapidement”. La position de Nicolas Crespelle est moins tranchée. Selon lui, l’inflation est inévitable si les Américains continuent de vivre à crédit pour rembourser leur plan de relance. Mais elle l’est beaucoup moins si Obama décide d’augmenter les impôts. Et même en cas de hausse de l’inflation, il faut peut être relativiser le risque. Pour Marc Touati, “il ne faut pas oublier que si une inflation à plus de 5% commence à devenir destructrice, une inflation autour de 3% n’a jamais tué personne. Bien au contraire, puisqu’elle permet aux entreprises de reconstituer leurs marges, mais aussi d’être plus à l’aise en matière d’emplois et de salaires. Parallèlement, si avec une inflation à 3%, ils sont plutôt enclins à anticiper ces dernières, d’où une consommation plus dynamique”. Jacques Attali partage cet avis : l’inflation peut avoir un aspect positif. Mais elle en avantagera certaines et risque d’en pénaliser d’autres. “Les vainqueurs seront ceux qui auront su s’endetter à taux fixe. Les perdants seront ceux qui ne se seront pas endettés ou qui se seront endettés à taux fixe”.
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En guise de préambule
Face à la lecture, les Français se divisent en trois populations à peu près égales : 30% ne lisent jamais, 34% ne lisent pas plus de 5 livres par an et 35% plus de 5 livres. Depuis 1981, date de la première étude réalisée sur le sujet par la Sofres, ce n’est pas tant le nombre de gens qui ne lisent pas que le nombre de ceux qui lisent peu qui a progressé (+10%). Le début de cette tendance date de la première moitié des années 90. La démocratisation d’internet, plus tardive, n’y est donc pas pour grand chose. Une enquête du ministère de la Culture réalisée en 2009 souligne d’aillleurs que “ce nouveau média apparaît plutôt lié à la culture de sortie dont sont porteurs les fractions jeunes et diplômées de la population, celles dont le mode de loisir est le plus tourné vers l’extérieur du domicile et dont la participation à la vie culturelle est la plus forte.”
Le débat sur l’impact des nouveaux médias ne date pas d’aujourd’hui mais remonte à l’apparition du roman, se poursuit avec la naissance du cinéma et l’essor de la bande dessinée avant que la télévision ne concentre à son tour la plupart des inquiétudes. Chacun se souvient des griefs adressés au petit écran. Baisse de la lecture, diminution des capacités de concentration, recul dramatique de la culture générale mais aussi montée de la violence, pertes de repères, baisse de la communication au sein de la cellule familiale : ces effets supposés sur l’intellect des enfants et des adolescents sont aujourd’hui au cœur des inquiétudes suscitées par l’usage abusif d’internet et des jeux vidéo.
Après la publication en 2007 d’un livre anglais sur “Le culte de l’amateur. Comment internet détruit notre culture”, un livre américain en met une seconde couche. Son titre : “Is Google Making us Stoopid ?” La presse écrite (sans doute trop contente de relativiser le pouvoir du net) n’est pas en reste. Durant l’été 2008, une revue américaine, “The Atlantic” et le magazine allemand “Der Spiegel” ont faire leur une sur les relations compliquées entre internet et l’intelligence, suivis en 2009 par le magazine français “Books”.
Forts de cette imposante littérature, nous disposons maintenant d’un corpus quasi-exhaustif des travers prêtés aux nouvelles technologies. On y trouve pèle mêle : l’affaiblissement des facultés d’attention et d’analyse, la fragmentation de la pensée et le nivellement du savoir, le triomphe du copier collé sur l’argumentation, le développement d’une pensée plus réactive que proactive, un refus de la réalité qui frise parfois un caractère pathologique, le culte de l’urgence au détriment de la réflexion… Ce constat a souvent les apparences du bon sens. Il est d’ailleurs partagé par de nombreux experts même si certains s’attachent à ne pas paraître rétrogrades en défendant l’idée d’un nouvel affrontement entre culture populaire et culture élitiste. En somme rien de très neuf. Rien en tout cas qui n’ait déjà été dit par des intellectuels inquiets de la remise en cause d’un certain modèle culturel. Et bien entendu aucune étude scientifique sérieuse…
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