Publié par : fg | mars 30, 2008

Vertu de l’inculture face au chef d’oeuvre

Vive l’ignorance !

Ils résistent au temps et aux interprétations définitives, suscitent une fascination et une admiration  unanimes. “Ils” ce sont les “chefs d’oeuvres”, ces oeuvres qui, une fois affranchie de leur époque, réussissent à garder une part d’ombre en pleine lumière. Pour comprendre cette aura si particulière, mieux vaut en savoir le moins possible sur l’oeuvre et l’artiste et considérer l’absence de culture comme un atout. Absurde ? Pas tant que ça.

En rivalisant d’érudition sur les chefs d’oeuvres, les historiens d’art font fausse route. Ce n’est pas en resituant une oeuvre dans son contexte historique et artististique, ni en éclairant ses partis pris esthétiques et iconographiques que l’on peut comprendre comment une oeuvre s’est affranchie de son époque pour se hisser au rang de “chef d’oeuvre”. Au contraire, c’est en l’analysant avec un regard neuf, vide de référence et profondément ancré dans le présent que l’on peut comprendre pourquoi elle nous interpelle encore. 

Résistant au temps, le chef d’oeuvre est résistant à toute tentative de rationnalisation. Même lorsque nous pensons détenir une explication, celle-ci ne peut être que temporaire. Pour une raison simple : le chef d’oeuvre n’est pas une lumière dans l’obscurité mais une part d’obscurité qui résiste à la lumière. La Joconde peut être photographiée de toujours plus près (voire même radiographiée), son mystère – ce mystère qui nous irrite et qui nous fascine – est condamné à nous échapper pour toujours. 

La fascination pour certaines oeuvres réside dans leur ambivalence même. Que celle-ci ait été voulue ou non importe peu. Le fait est là : le chef d’oeuvre dit une chose et son contraire. La Vénus du Capitole symbolise la pudeur et l’impudeur. L’agneau de Van Eyk peut être vu comme une scène de piété ou d’idolatrie, le baiser de Rodin comme un acte d’amour (entre Adam et Eve) mai aussi comme un acte de rejet (de Dieu), les chasseurs dans la neige comme un éloge du travail et des loisirs.

Le plus complexe consiste sans doute à mettre à jour cette ambiguïté. 

Voici donc quelques hypothèses.

Franck Gintrand

Tentatives d’interprétation de 25 Chef d’oeuvres

Vénus du Capitole

Pudeur ou impudeur ? Et si l’une n’existait pas sans l’autre ?

L’agneau mystique - Van Eyk

Scène de piété ou d’idolâtrie ? De dévotion ou de magie ? De religion ou de sorcellerie ?

L’Angelus – Millet

Sur la Terre plutôt qu’au Ciel ? Eloge des humbles ou appel à la révolte ?

Le Baiser – Rodin

Adam et Eve enfin sortis du Paradis ? Enfin seuls ? Enfin délivrés de Dieu ?

Les chasseurs dans la neige – Bruegel l’Ancien

Labeur ou divertissement ? Quand les uns s’amusent les autres travaillent ? Mais qui sont les premiers, les heureux élus ?

La danse – Matisse

La danse plutôt que les danseuses ? Le sujet est-il condamné à s’effacer dans le mouvement collectif ?

Le déjeuner sur l’herbe – Manet

Provocation du sujet ou de l’exécution ? Allusion à “La tempête” de Giorgione ? Mais pourquoi cette référence ? Et pourquoi deux femmes plutôt qu’une et deux hommes plutôt qu’un ?

La tempête – Giorgione

Protection ou surveillance ? Qui sont ces personnages ? L’homme a-t-il un lien avec la femme ? Et si oui quel est la nature de ce lien ? Pourquoi l’un est habillé lorsque l’autre est nue ? A lire : une analyse savante - trop savante – de ce tableau Ici

Les demoiselles d’Avignon – Picasso

Plusieurs ou la même ?

L’école d’Athènes - Raphaël

Nouvelle liberté ou nouveau pouvoir ?

L’enterrement du comte d’Orgaz – Greco

Vers le bas ou vers haut ?

Les grandes baigneuses – Cézanne

Guernica – Picasso

Sacrifice ou tuerie ?

Le jardin des délices – Bosch

Paradisiaque ou cauchemardesque ? Dans l’au-delà ou dans l’inconscient ? Dans la normalité ou dans la folie ?

La Joconde – Vinci

Cette femme est-elle une sainte ou non ? Sourit-elle ou non ? Et si oui, ce sourire est-il paisible ou ironique ? Et s’il est ironique, pourquoi ? Voir l’autre Joconde, au Prado

Laocoon

Qui survivra ?

La liberté guidant le peuple – Delacroix

Fragile ou immortelle ? Mais que regarde exactement la Liberté ? Un fusil braqué sur elle ?

Les Ménines – Velasquez

Vous ou un autre ?

Venus de Milo

Avec ou sans les bras ? Voit-on cette Vénus ou l’imagine-t-on ?

Olympia – Manet

Bourgeoise libérée ou prostituée embourgeoisée ?

Pélerinage à l’île de Cythère – Watteau

Bienvenue sur Terre ou au Ciel ?

Le Printemps – Boticelli

Figures du paganisme ou de christianisme ? Curieux mélange des genres ? En tout cas pas des sexes

Le radeau de la Méduse – Géricault

Simple événement ou allégorie de l’humanité ?

La ronde de nuit – Rembrandt

Simple ronde ou défilé de mode ?

Franck Gintrand


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