Publié par : fg | décembre 5, 2008

La ‘magie’ de la communication

Une technique érigée en finalité

Que la communication ait une utilité d’autant plus évidente que sa maîtrise n’a rien de naturel est une chose mais  que ce métier se retrouve parfois au premier rang des accusés (“on n’en serait pas là si on avait mieux communiqué”) ou que, par un effet de symétrie, aussi irrationnel que finalement assez logique, elle se présente comme LA solution, montre à quel point une technique peut réussir à s’imposer comme une grille explicative du monde.

L’idéologie de la communication entend faire de la communication ce que la lutte des classes fut aux XIXe et XXe siècle : le moteur du changement. Pour le pire comme pour le meilleur. Dans ses traductions les plus technologiques, la communication accélère la transmission de l’information et réduit la terre à un village, facilite les échanges, ouvre les esprits et ébranle les certitudes. Mais sous l’angle culturel et politique, elle constitue aussi une source d’incompréhension, de conflits et d’injustices. Elle ne crée pas les crises mais peut y conduire tout droit en amplifiant et en aggravant des situations difficiles.

Une mauvaise communication et un accident prend soudain les proportions d’une catastrophe. Simple négligence ? Pas seulement. La sous-évaluation du pouvoir de la communication dans une “société de communication” relève d’une nouvelle forme d’athéisme qui frise le déni ou l’inconscience. Une attitude irresponsable et difficilement pardonnable.

Au-delà, peu importe ce qu’il faut dire, car la communication comporte des vertus intrinsèques et une puissance gi-gan-tesque. Bien sûr, la parole doit avoir un sens, de la consistance et de l’originalité. Mais elle n’a pas forcément de fonction clairement identifiée sinon celle de communiquer. Communiquer pourquoi ? La question, passé un certain stade, ne se pose plus. Elle paraît même déplacée et absurde. Comme si on s’interrogeait sur la nécessité de se nourrir ou de dormir…

Ce n’est pas le moindre de ses paradoxes : la communication tient de la normalité mais aussi du surnaturel. C’est une magie à base d’invocations et de formules toutes faites. Un mélange de méthode coué et de poudre de perlimpinpin. Une religion dont le dieu serait la communication elle-même. Car, c’est bien connu, entre la communion et la communication il n’y a qu’un pas que la “démocratie participative” se propose de franchir allègrement.

Tout celà est un peu ridicule. Oui, nous vivons dans un monde dominé par la communication. Oui, il faut bien souvent savoir communiquer au bon moment, avec les bons mots et les bonnes images. Mais cette exigence ne saurait dispenser d’une réflexion sur les intentions et l’objectif poursuivi, ne serait-ce que pour réfléchir à l’utilité réelle d’une prise de parole, décider de se taire ou de ne pas tout étaler sur la place publique au nom de la sacro-sainte “transparence”. Et non vous ne rêvez pas : c’est un consultant en communication qui vous le dit.


Catégories

Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.