Des conceptions différentes du cinéma international
Eclipsé en France par la marche triomphale de The Artist, l’Iranien Asghar Farhadi est pourtant un homme comblé. Son film, La Séparation, vient de recevoir coup sur coup le César et l’Oscar du meilleur film étranger. Pure coincidence de part et d’autre de l’Atlantique ? Ou convergence de vue entre les professionnels du cinéma américain et français ? Voici ce que nous apprend une analyse comparée des césars, des oscars sans oublier les palmes de Cannes qui ont distingué des films étrangers ces dernières années.
D’abord, le cinéma français aime le cinéma américain. Pas un peu. Pas beaucoup. Non : énormément. Depuis 2001, 8 césars du meilleur film étranger sur 12 ont récompensé des films américains de David Lynch à David Fincher, en passant par Michael Moore, Clint Eastwood (objet d’un véritable culte), Sophia Coppola, Jonathan Dayton et Valerie Faris. Une tendance largement confirmée par Cannes qui, sur la même période, a primé autant de films US. Cette admiration sans borne est-elle réciproque de la part des américains ? Bien sûr ! Quoi que… Si on comptabilise les oscars remis aux uns et aux autres depuis 1976 (date de la création des césars), les Etats-Unis placent le cinéma français et le cinéma espagnol sur un pied d’égalité. Signe d’un essouflement de la création française ou de l’essor d’autres cinémas étrangers ? A quelques heures de l’éventuelle consécration de The Artist, le dernier oscar attribué un film français commence à dater. C’était en 1992 pour Indochine. Il est vrai que le festival de Cannes, malgré la palme d’or attribuée à “Entre les murs”, n’a jamais décerné que deux prix à des films français depuis 1976…
Autre différence, et de taille : contrairement aux Césars fascinés par le cinéma américain, les Oscars et le festival de Cannes s’attachent à récompenser des films venus de tous les horizons. A titre d’exemple, depuis 1976, les Oscars ont récompensé les Pays-Bas (pas une fois, trois fois !), le Canada, la Nouvelle Zélande mais aussi la Russie, la Hongrie, la Tchéquie, la Bosnie, l’Afrique du sud, l’Argentine et, en 2011, le Danemark. Du côté du festival de Cannes, même constat : la palme d’or a été remise à des films venus de Pologne, de Yougoslavie, de Roumanie, de Grèce, de Turquie , d’Iran, d’Autriche et de Thaïlande. C’est ainsi que de 1976 à aujourd’hui, les Oscars et le festival de Cannes ont récompensé une vingtaine de pays, soit deux fois plus que les Césars. Sur ce point, les Oscars ont donc une philosophie beaucoup plus proche de la palme d’or que les césars qui se concentrent sur un petit nombre de pays (dont les Etats-Unis).
Césars et Oscars: deux prix, deux conceptions du cinéma ? Oui mais avec un même intérêt pour les cinémas émergents. Français et Américains (re)commencent à s’intéresser au cinéma asiatique à peu près au même moment (en 2000-2001). Mais quand les Etats-Unis récompensent le cinéaste taïwanais Ang Lee pour «Tigres et Dragon» et le cinéaste japonais Yojiro Takita pour «Departures», les césars distinguent le cinéma de Hong Kong avec Wong Kar Wai pour «In the mood for love». Pour sa part, le festival de Cannes fait un fixe certes mérité, mais un fixe quand même, sur le cinéma japonais et n’a pas vu la nouvelle vague du cinéma asiatique arriver (d’où, sans doute, le choix de récompenser Oncle Boonmee de Weerasethakul). Même intérêt et même complémentarité entre les oscars et les césars pour l’Espagne. Quand les Français récompensent Pedro Almodovar dès 1993 pour “Talons aiguilles”, les américains décernent son premier prix international à la nouvelle génération incarnée par Alejandro Amenabar pour “Mar adentro”. Cela paraît incroyable mais, là encore, le festival de Cannes n’a rien vu arriver et n’a jamais décerné une palme d’or à un film espagnol. En revanche, oscars, césars et Cannes accordent la même importance au cinéma britannique et allemand. Avec, là encore, des choix heureux des deux côtés de l’Atlantique. Prenons l’exemple de l’Allemagne. Les césars priment “Bagdad Café”, Cannes distingue “Paris Texas” tandis que les oscars récompensent «La vie des Autres» deux ans avant la France.
Résultat des courses ? Tout dépend de ce qui vous intéresse vraiment. Si vous vous souhaitez avoir la vision la plus large possible du cinéma mondial et ne pas passer à côté de cinéastes comme Abbas Kastiorami ou Yilmaz Guney, vous serez attentifs aux palmarès des Oscars et du festival de Cannes. Et si vous voulez être sûr de ne pas passer à côté des nouvelles tendances, comme le cinéma espagnol ou le nouveau cinéma asiatique, vous regarderez avec attention les Oscars et les Césars.
Franck Gintrand
Le dédail des différents palmarès
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Les oscars du meilleur film (incluant notamment les films britanniques)
Certes, les Franàais aiment beaucoup le cinema americain (comme beaucoup d’autres d’ailleurs..) cependant je doi travailler sur le cinema espagnol et plus precisement celui d’Almodovar. Dans votre texte vous qualifiez le cinema espagnol d’une “nouvelle tendance” pourriez vous developper ce point si possible? Pourquoi est ce que les français aiment ils le cinema espagnol? pour son coté “moderne”?
Historiquement, apres la periode franquiste il y a eu un vrai boom dans le cinema espagnol (Brunel ..) mais surtout Almodovar. On pourrait dire que dans le cinema d’Almodovar il y a des taboos exposés ect.. comme s’ils esseyaient de rattraper des “trentes glorieuses” du quelle ils auraient été privés. Qu’en pensez vous? Merci d’avance
Par rosanne le décembre 15, 2009
à 6:24